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Jeudi 4 octobre, à Alfortville, plusieurs membres du comité de soutien "le Calvados avec DSK" étaient au rendez-vous pour assister au premier grand meeting national de soutien à la candidature de Dominique Strauss-Kahn:
"Par-delà le toit de ce gymnase, je vois trois étoiles dans notre ciel politique : le socialisme, la République et la France. Ce sont ces trois étoiles qui doivent nous guider et c’est à ce combat que je vous invite maintenant au service du socialisme, de la République et de la France".
Nous voulons un autre monde que celui que nous laisse la droite et que nous prépare Nicolas Sarkozy. L’élection présidentielle sera le moment décisif de ce combat. Une élection dont l’enjeu est historique pour notre modèle, pour nos valeurs, pour le renouveau de la France et pour relancer l’Europe. Nous n’avons pas de droit à l’erreur. La gauche ne gagnera ni en courant après la droite ni en se subordonnant à l’extrême gauche. Seul un socialisme moderne, audacieusement réformiste, authentiquement populaire, chaleureusement républicain et fortement réaliste, peut donner à la France le nouveau souffle auquel elle aspire. Il ne suffira pas simplement de gagner, nous devrons durer au-delà de la victoire, ou d’une législature. Pour cela, il faut une vision des enjeux, une compétence pour les surmonter, une créativité pour offrir un nouveau chemin. Et pour nous c’est Dominique Strauss-Kahn ! Voilà pourquoi nous vous appelons à aider DSK dans son combat contre tous les renoncements, pour une voie socialiste dans la mondialisation.
Quand Ségolène Royal en dit trop ou pas assez
Ségolène Royal a déclenché une « nouvelle polémique » en déclarant au début de ce mois de septembre « Il faut desserrer la contrainte de la carte, qui donne à certains le sentiment d’être assignés dans les collèges défavorisés ». Aussitôt elle s’est attirée les foudres des autres candidats à l’investiture du parti socialiste. Sans doute pourra-t-on sur ce sujet comme sur d’autres lui reprocher d’en dire trop ou pas assez car on est évidemment en droit d’attendre d’une future présidentiable qu’elle ne se contente pas de pointer du doigt des difficultés mais qu’elle formule des réponses précises. Mais après tout, le fait qu’elle secoue régulièrement les cocotiers à l’ombre desquels se reposent parfois les « éléphants »[1] du PS n’est sans doute pas à négliger au moment où doivent être tracées les voies d’une réforme audacieuse de la société française qui en conserve les acquis tout en levant les blocages.
Fausse polémique au PS
Alors, y avait-il matière à polémique au sein du PS sur cette question de la carte scolaire? A l’évidence non. Sur cette question, que dit en effet le projet socialiste : « Nous veillerons à ce que la carte scolaire permette la mixité sociale ». Cette formule claire et ramassée suffit à elle seule à faire retomber le soufflé de la polémique. Que nous dit-elle tout simplement ? Que la carte scolaire n’est pas un dogme (une formule intangible qu’il serait impossible de remettre en question) mais un moyen pour garantir la mixité sociale. Le problème est donc d’une limpidité absolue : là où la carte scolaire est la meilleure garantie du maintien de la mixité sociale dans un établissement, elle doit être maintenue ; là où elle s’avère inefficace voire productrice d’effets pervers parce qu’elle fait l’objet de multiples contournements et accroît la ségrégation sociale, elle doit être modifiée. Qui oserait dire qu’un ébéniste doit toujours user des mêmes outils sans considération pour la nature du bois qu’il travaille ? De la même manière, qui oserait dire que le même outil, la carte scolaire, doit invariablement être préconisé quel que soit l’environnement social sur lequel il est censé agir ?
La carte scolaire à la lumière de son histoire
Pour clarifier le débat, sans doute est-il nécessaire de rappeler, notamment à tous ceux qui font de la carte scolaire un dogme alors qu’elle n’est qu’un outil et qui la regarde comme un acquis social de gauche alors qu’elle a été institué par le gouvernement du général de Gaulle, les raisons de sa mise en place en 1963. A cette époque, après que la réforme Berthoin de 1959 ait allongé la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, la réforme Fouchet a créé en 1963 les CEG qui devinrent ensuite les CES. A cette époque se met en donc place l’enseignement secondaire pour tous, seconde étape après les lois de 1882 de la massification, à l’origine de ce que l’on a alors appelé « l’explosion scolaire ». Il a fallu construire à la hâte des milliers de collège et recruter des dizaines de milliers d’enseignants. On estime ainsi, qu’au cours d’une période qui durera plusieurs années, il se construisit en France l’équivalent d’un collège par jour (les fameux collèges Pailleron qui feront quelque temps plus tard la une de l’actualité quand on découvrira, à l’occasion d’incendies parfois dramatiques, que leur structure les rendaient particulièrement vulnérables aux flammes). C’est à cette époque que la carte scolaire fut mise en place, non pas d’ailleurs pour assurer la mixité sociale mais pour gérer de manière rationnelle le flux des nouveaux arrivants. Il était en effet indispensable pour décider de la création d’un collège, d’avoir une idée précise du nombre d’élèves qui le fréquenteraient. Ajoutons enfin que l’idée de mixité sociale n’était pas encore entrée dans les mœurs mais que simplement, à l’image de ce qui s’était opéré à la fin du XIXème siècle où chacun allait à l’école de son village, il était bien entendu que chacun irait dans le collège de son secteur. La carte scolaire fut donc d’abord un outil de gestion rationnelle des flux territoriaux d’élèves dans un contexte de forte croissance démographique et de massification scolaire. Puisqu’il fallait planifier la massification, la carte scolaire était le meilleur outil. Ceci pour insister sur le fait que la carte scolaire n’est nullement à son origine un enjeu de société mais un outil de gestion administrative.
Et si elle est aujourd’hui devenue un enjeu de société c’est pour deux raisons majeures qui lui sont étrangères : la ségrégation géographique et l’accroissement de la pression scolaire. En d’autres termes c’est parce que les différentes catégories sociales qui forment la population française sont de plus en plus cantonnées dans des secteurs géographiques clairement distincts et parce que la carrière scolaire d’un individu détermine de plus en plus sont destin social que la question de la qualité, entendez ici de l’efficacité relative des différents établissements scolaires, se posent. Peut-on raisonnablement, quand on est de gauche, c’est-à-dire quand on aspire à plus d’égalité réelle et à plus de mobilité sociale, sacraliser un outil qui augmente la ségrégation sociale sur certains territoires en transformant l’école en un « pseudo marché » dans lequel les français les plus défavorisés sont cantonnées au rang d’« usagers captifs » pendant que les membres des classes moyennes et supérieures peuvent se comporter comme de fin stratèges usant voire abusant des dérogations ou/et du « zapping » public/privé ? Et il y a même fort à parier que les électeurs de gauche, notamment ceux du parti socialiste, auront tôt fait de se faire taxer de clientélisme s’ils défendent becs et ongles la carte scolaire alors qu’il est de notoriété publique que la catégorie sociale qui recourt le plus aux dérogations (16,3%) n’est autre que celle des enseignants.
Soyons clair, si l’on regarde les choses avec un peu de neutralité, la carte scolaire n’a jamais été un outil de mixité sociale et elle est même aujourd’hui en de nombreux endroits un obstacle supplémentaire pour sa promotion. Deux mécanismes seraient seuls susceptibles d’aller dans le sens de la déségrégation sociale puisqu’il convient d’envisager ainsi les choses avant même de parler réellement de mixité sociale : une véritable politique d’aménagement du territoire qui contrecarrerait les stratégies résidentielles qui vont immanquablement dans le sens d’une fragmentation de l’espace social ; une politique d’affection des élèves qui aillent dans le sens d’une indifférenciation des publics scolaires dans les établissements. Alors, si la mixité sociale à l’école doit être l’horizon d’une politique socialiste visant l’égalité réelle, l’urgence politique du moment est de rompre avec la logique de ségrégation géographique qui s’est depuis longtemps installée en France.
Pourquoi ne faut-il pas laisser à la droite l’initiative du débat sur la carte scolaire ?
S’il est une autre raison pour se saisir résolument à gauche de la question de la carte scolaire sans se retrancher derrière des postures dogmatiques qui confondent l’outil (la carte scolaire) et la fin (la mixité sociale), c’est que l’opinion publique sait bien que ce dispositif n’est nullement un garant mécanique de mixité sociale et d’égalité des chances devant l’école. Alors, si la gauche ne se saisit pas à bras le corps cette question, c’est la droite qui le fera avec la bénédiction de l’opinion publique et contre les syndicats enseignants qui risqueraient à cette occasion de perdre de leur crédit en apparaissant plus soucieux de défendre des intérêts corporatistes que d’œuvrer pour l’intérêt général. Mais malheureusement, si la droite se saisit de ce thème de la réforme de la carte scolaire, ce ne sera nullement pour en corriger les effets sociaux pervers mais au contraire, sous couvert de pragmatisme et d’audace, pour renforcer les mécanismes de ségrégation que ne manquera pas d’induire l’agrégation de choix individuels libres opérés par des individus inégalement dotés en capitaux économiques, sociaux et symboliques.
S’il fallait se convaincre des directions que prendraient immanquablement une réforme « droitière » de la carte scolaire le mieux est certainement d’écouter ce qu’en dise d’ores et déjà ceux qui s’en feraient les plus fervents promoteurs. Ceci permet de distinguer trois versions, la première cynique énoncée par Gilles de Robien, la seconde, ultra-libérale, formulée par la présidente de la PEEP et la troisième, pseudo-sociale, élaborée par N. Sarkozy.
Pour Gilles de Robien, il n’est semble-t-il pas question de supprimer la carte scolaire mais simplement de l’assouplir comme il l’a expliqué en visitant son ancien lycée de Versailles. En quoi consisterait cet assouplissement ? Il s’agirait de permettre aux bons élèves de ZEP de pouvoir s’affranchir de la carte scolaire pour rejoindre les lycées des beaux quartiers. On l’aura compris, il s’agit bien là de priver les « mauvais » établissements de leurs « bons » élèves pour les mettre dans les « bons » établissements. En d’autres termes, quand un « pauvre » est méritant, il a le droit de rejoindre les écoles des « nantis ». L’histoire ne dit pas si Mr de Robien pense que les « mauvais » élèves des « bons » lycées devront être redirigés vers des établissements de ZEP ! En tous cas, les choses sont claires, si le ministre est d’accord pour assouplir la carte scolaire c’est à la seule condition que cela permettre une plus grande ségrégation. La solution est certes cynique mais elle a l’avantage de la clarté.
S’il est une autre position qui brille elle aussi par sa clarté c’est celle d’Annick Dumont présidente de la PEEP (fédération de parents d’élèves recrutant ses adhérents plutôt dans l’électorat de droite à la différence de la FCPE qui les recrute pour sa part plutôt à gauche) qui s’est exprimée dans une interview accordée au Figaro le 7 septembre 2006. A la question de la journaliste « Mais comment casser la carte scolaire ? » Annick Dumont répond : « On peut se préparer à deux ans de bazar incroyable. Car, si tout le monde peut choisir, tout le monde va choisir, y compris ceux qui, jusque là ne comprenaient pas le système de dérogation ou ne parvenait pas à en profiter… Mais je pense que la situation se régulera d’elle-même pour des raisons de bon sens. » Pour tous ceux qui croyait que la théorie de la « main invisible » si chère aux Pères du libéralisme économique avait définitivement était invalidée par les faits, la présidente de la PEEP nous rappelle que l’illusion n’est pas dissipée y compris dans cette droite qui se dit pourtant pragmatique, libérée de toute idéologie. Comme quoi, il ne suffit pas de se déclarer sans idéologie pour en être effectivement délivré. Chacun aura remarqué que pour la PEEP il suffirait de supprimer la carte scolaire pour que ceux qui ne parvenaient pas à profiter de l’ancien système, « parce qu’ils n’y comprenaient rien », puissent désormais lucidement jouer à armes égales dans le nouveau système sans règles du jeu. Qui oserait raisonnablement y croire ?
Soucieux pour sa part de n’apparaître ni trop cynique ni trop libéral, Nicolas Sarkozy préfère jouer le grand air de la réforme en se faisant le défenseur de la liberté des familles et de la saine émulation entre les établissements. Il se voit donc contraint de masquer derrière un argumentaire faussement de bon sens la position simple qu’il a énoncé dès le mois de Février lors de la « Convention pour la France » : « Le libre choix des établissements par les parents ». Dans une tribune publiée dans l’édition du Monde en date du 16 septembre le président de l’UMP développe ainsi un argumentaire qui le conduit à réaffirmer sa position. A quelle conclusion ses arguments le conduisent-ils ? « La conséquence logique de ces propositions, c'est le libre choix par les parents de l'établissement scolaire de leur enfant. A partir du moment où chaque établissement propose un projet spécifique, il est normal que les parents puissent choisir l'établissement qui correspond le mieux à leur enfant. » Mais quels sont donc ces propositions sur lesquelles s’appuie le futur candidat à la présidentielle et qui auraient pour conséquence logique la suppression de la carte scolaire ? Le constat que « les principaux facteurs de réussite des élèves seraient, dans l'ordre (c’est nous qui soulignons), la qualité pédagogique des enseignants et la mixité sociale, loin devant le nombre d'élèves par classe ». Le problème c’est qu’ici Nicolas Sarkozy présentent faussement de vrais constats et qu’il en tire une conclusion erronée. Tout d’abord, quand il dit « dans l’ordre » il commet une erreur puisque justement, dans l’ordre, le premier facteur d’efficacité pédagogique, toute chose égale par ailleurs, ce n’est pas la qualité pédagogique (notion de surcroît fort relative comme l’a depuis longtemps montré Viviane Isambert Jamati) mais bel est bien la mixité sociale. Ensuite, s’agissant de la réduction de la taille des classes, ce qu’ont montré les études que convoquent Nicolas Sarkhozy c’est qu’elle n’a d’effet notable qu’à condition d’être massive. En effet, quand on passe de trente à vingt cinq élèves les effets sont infimes mais quand on passe en dessous de 18 élèves par groupe là, les effets sont indiscutables. De sa double erreur découlent les conclusions de Nicolas Sarkozy : 1 – Il n’est pas nécessaire de réduire la taille des classes (en clair : on peut faire tout aussi bien avec moins d’enseignants et donc la réduction des effectifs de l’Education Nationale est justifiée) : 2 – Il faut créer une saine émulation entre les équipes enseignantes qui accroîtra la qualité pédagogique des établissements qui finiront, ô miracle, par tous atteindre un égal niveau d’excellence qui rendra caduque les actuelles stratégies de contournement de tel ou tel établissement. Là encore, pour n’être pas accusé de caricature, il convient de citer Nicolas Sarkozy : « Supprimer la carte scolaire est pour moi un aboutissement, pas un préalable. Mon projet n'est pas plus de liberté pour les uns, moins de liberté pour les autres. Cela, c'est le système existant. C'est au contraire la qualité éducative pour tous, un objectif difficilement contestable. La carte scolaire n'aura alors plus de raison d'être puisque tous les établissements seront de qualité. Ceux qui pensent que ça ne peut pas marcher sont tout simplement ceux qui n'ont pas confiance dans la capacité du corps enseignant et de l'école républicaine d'y parvenir. »
Tous cela, on l’aura compris, n’est que rhétorique car à l’évidence la seule chose qui pourra assurer une meilleure égalité des chances face à l’école c’est une véritable politique de déségrégation sociale qui implique d’abord est avant tout, non pas une mise en concurrence des équipes pédagogiques, mais une plus forte régulation administrative de la composition sociale des publics scolaires. Et pour qu’il en soit ainsi, il est indispensable que l’enseignement privé sous contrat soit lui aussi associé à cette politique volontariste puisqu’il reçoit ses moyens d’enseignements de l’Etat. Et c’est la raison pour laquelle le projet socialiste contient cette mesure essentielle : « Nous prendrons en compte la mixité sociale dans les dotations accordées aux écoles privées sous contrat ».
La droite et la gauche face à l’école : quelle différence?
Alors, ne nous laissons pas abuser par les raisonnements spécieux du président le l’UMP car dans ceux-ci les conclusions (qui sont les dogmes de la droite) précèdent les arguments. Et ces conclusions, qui sont en fait des prémisses, sont bien connues : il faut réduire les moyens affectés à l’Education Nationale et faire en sorte que les familles aient le libre choix de leurs établissements. Moins d’Etat, plus de liberté individuelle dans le cadre d’une mise en concurrence des établissements scolaires côtés sur un marché rendu transparent par des « évaluations » (Tout cela est dans la tribune de N. Sarkhozy publiée dans le Monde). Tout le monde aura reconnu la bonne vieille idéologie libérale dans sa version la plus pure. Il n’y a là rien de nouveau, d’audacieux ni bien évidemment de pragmatique même si les sophismes sarkhosiens s’efforcent de créer l’illusion.
Les termes du débat apparaissent donc maintenant en toute clarté : là où une politique de droite fait toujours l’hypothèse d’une auto-régulation équitable de l’offre et de la demande au nom d’une liberté individuelle qu’elle feint de croire en apesanteur sociale, une authentique politique de gauche affirme l’indispensable intervention de la puissance publique pour réguler des mécanismes sociaux dont elle sait que, livrés à eux-mêmes, ils bénéficient toujours aux mieux dotés et portent immanquablement préjudice aux plus faibles. Alors oui, s’il y a un dogme à gauche auquel nous devons être attachés c’est celui de la régulation étatique relative aux biens sociaux fondamentaux, à ce que Robert Castel appelle la propriété sociale. Et l’éducation scolaire fait partie de ces biens sociaux fondamentaux qui ne peuvent être laissés au libre jeu du marché pas plus d’ailleurs, il est indispensable de le reconnaître, qu’aux jeux occultes d’un pseudo-marché (l’expression est de François Dubet) rendu possible par les mécanismes combinés des stratégies résidentielles, de la dualité public/privé et des dérogations. En d’autres termes, ce que peut éventuellement abandonner une politique socialiste pour l’Education Nationale c’est la carte scolaire, ce à quoi elle ne doit jamais renoncer c’est à des régulations étatiques fortes garantissant la plus grande égalité possible de chacun devant l’école. Ce que la droite propose quant à elle c’est toujours en dernière analyse une dérégulation dont on sait d’avance à qui elle profitera. Preuve s’il en fallait, pour tous ceux qui s’échinent à le nier à l’extrême droite comme à l’extrême gauche, qu’il existe des différences de fond entre la gauche et la droite de gouvernement, celles qui prennent le risque de l’action plutôt que de s’enfermer dans la bonne conscience de la dénonciation. Espérons que les électeurs sauront s’en souvenir quand viendra le moment du vote.
Emmanuel Jardin
Professeur de philosophie en Lycée
Chargé de cours en sciences de l’éducation à l’université de Caen
Membre du parti socialiste
18 septembre 2006
[1] - Précisons cependant que sur cette question comme sur bien d’autres, l’analyse et les propositions de Dominique Strauss-Khan refusent les simplismes d’un débat » pour ou contre la suppression de la carte scolaire en prenant résolument en compte la réalité des problèmes ». Il suffit pour s’en convaincre de lire les propositions sur l’éducation présentées sur le site DSK.net : « Aujourd’hui, le « descenseur social » fonctionne à plein dans notre société. Au cœur de la lutte pour l’égalité des chances, l’école repose sur le principe juridique d’égalité : tous les enfants ont aujourd’hui, théoriquement, un égal accès aux biens scolaires - les mêmes heures de cours dispensés par les mêmes professeurs dans le cadre d’un même cursus scolaire.
Mais cette égalité théorique ne se retrouve pas entièrement dans la pratique. L’offre scolaire est inégalitaire dans les faits :
En d’autres termes, l’école, dans les faits, ne tient pas sa promesse d’égalité, et laisse au bord du chemin les élèves les moins favorisés, trop tôt abandonnés à leur sort sans bagage éducatif, intellectuel ou culturel consistant. »
Aujourd’hui, le « descenseur social » fonctionne à plein dans notre société. Au cœur de la lutte pour l’égalité des chances, l’école repose sur le principe juridique d’égalité : tous les enfants ont aujourd’hui, théoriquement, un égal accès aux biens scolaires - les mêmes heures de cours dispensés par les mêmes professeurs dans le cadre d’un même cursus scolaire.
Mais cette égalité théorique ne se retrouve pas entièrement dans la pratique. L’offre scolaire est inégalitaire dans les faits :
· Les classes de niveau accentuent les écarts entre les élèves.
· Les filières scolaires réintroduisent les barrières sociales. L’exemple le plus flagrant concerne la filière professionnelle : les titulaires du « bac pro » sont exclus de l’enseignement supérieur professionnel (BTS, IUT, licences professionnelles, écoles d’ingénieurs), les étudiants issus des filières généralistes leur étant systématiquement préférés.
· Les filières universitaires concentrent les moyens sur les élèves les plus favorisés. C’est le cas des classes préparatoires : on y trouve des enseignants disponibles, des petits effectifs, des exercices supplémentaires. Les grandes écoles concentrent quatre fois plus de moyens par élève que les universités.
· La durée des études est très inégalitaire. La durée moyenne de scolarisation en France est de 19 années. Mais un jeune issu d’un milieu aisé qui termine médecin, ingénieur ou lauréat d’une grande école, bénéficie de 23 à 25 années de formation gratuite. Le jeune de banlieue sorti sans qualification à seize ans n’aura bénéficié que de 13 années. L’enseignement supérieur est une incroyable machine à redistribuer à l’envers.
· En d’autres termes, l’école, dans les faits, ne tient pas sa promesse d’égalité, et laisse au bord du chemin les élèves les moins favorisés, trop tôt abandonnés à leur sort sans bagage éducatif, intellectuel ou culturel consistant.
Ce que propose DSK…
Même si l’école parvenait dans les faits à respecter son principe d’égalité en droit, ce serait insuffisant. Donner la même chose à chacun ne permet pas de corriger les inégalités de départ. Il faut changer de paradigme scolaire : passer de l’égalité formelle à l’égalité réelle. Avec un principe : « donner plus à ceux qui ont moins », concentrer les moyens pédagogiques sur les élèves qui en ont le plus besoin.
Assurer l’égalité des chances est une tâche immense. L’école ne saurait la mener seule mais elle en est la matrice essentielle. C’est pourquoi l’Education nationale doit redevenir la première priorité budgétaire de la nation.
Créer un poste d’« instituteur volant » en CP. Non affecté à une classe, il serait chargé de donner du temps pédagogique supplémentaire aux enfants en difficulté.
Un plan périscolaire pour tous.
Renforcer les zones d’éducation prioritaire (ZEP). Les ZEP reposent sur une logique simple : donner plus aux quartiers défavorisés. C’est une bonne approche, car les inégalités se concentrent de manière territoriale. Leurs résultats sont pourtant décevants, du fait de handicaps qu’il faut corriger :
1. Renforcer massivement les moyens financiers alloués aux ZEP. Les moyens sont aujourd’hui saupoudrés : à peine 7% de moyens en plus pour un élève en ZEP ;
2. Adapter l’enseignement des ZEP aux besoins pédagogiques des élèves ;
3. Créer le statut d’« élève à besoin éducatif prioritaire » (BEP), afin de casser l’effet ghetto des ZEP. Les moyens affectés seraient calculés pour les établissements au prorata du nombre d’élèves prioritaires accueillis, quel que soit le statut et la localisation de l’établissement concerné.
4. Donner des affectations « coupe-file » aux élèves prioritaires, sur le modèle de la « filière ZEP » de Sciences Po.
Créer des « filières professionnelles longues ». L’idée est de réserver pour les bacheliers professionnels au moins la moitié des places dans les formations supérieures technologiques et professionnelles. Le principe doit être clair : tout élève qui débute en CAP ou en BEP et qui passe son bac professionnel doit pouvoir aller jusqu’au diplôme d’ingénieur.
Démocratiser l’enseignement supérieur, avec comme objectif 60% d’une classe d’âge à « Bac+3 ». Nous avons démocratisé le baccalauréat, il faut maintenant démocratiser l’enseignement supérieur. C’est une nécessite de justice sociale. C’est aussi une nécessité économique, dans le monde de la connaissance que est désormais le notre.
Garantir à tous un même capital de formation initiale gratuite de 20 ans. Les élèves sortis tôt du système scolaire pourront y retourner à tout moment, y compris en alternance.
